8 octobre, 2026 – Les inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) sonnent l’alarme. Dans la foulée de l’affaire Driscoll’s, le Syndicat de l’Agriculture soutient que les Canadiens devraient s’inquiéter de la salubrité des aliments importés des États-Unis, et accuse le gouvernement Carney de ne pas agir à cet égard.
Avec ces mèmes quasi quotidiens émanant de la Maison Blanche du président Trump, qui tente de pousser les Canadiens à se lancer dans une sorte de querelle bizarre à la manière d’un tyran de cour d’école, il y a au moins une chose dont les Canadien-ne-s peuvent se réjouir (et dont les Américain-e-s ne peuvent pas) : nous avons traversé l’été 2026 avec nos intestins pratiquement intacts, et nous n’avons pas eu à craindre de souffrir d’une « diarrhée explosive » après avoir mangé de la laitue.
Cependant, le fait que les Canadien-ne-s aient largement échappé à l’épidémie de Cyclospora qui a envoyé des dizaines de milliers d’Américain-e-s aux toilettes cet été (et qui a tragiquement causé deux décès dans le Michigan) pourrait être davantage un coup de chance qu’une question de bonne planification. La marque Taylor Farms de laitue iceberg, responsable de la propagation du parasite, n’était pas aussi largement disponible dans les rayons canadiens.
Il a été largement rapporté que l’épidémie de Cyclospora aux États-Unis était en grande partie due à des années de coupes budgétaires dans les contrôles alimentaires à l’importation menés par la Food and Drug Administration (FDA), ainsi qu’à un démantèlement quasi total de cette agence par Trump lors de son retour au pouvoir en 2025.
Mais ici, au Canada, agissons-nous vraiment si différemment ? Plus tôt cette année, le gouvernement Carney a annoncé des coupes importantes au sein de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), le rempart du Canada contre les maladies d’origine alimentaire. À l’instar de la plupart des autres ministères fédéraux, l’ACIA est contrainte de réduire son budget de 15 %. Le problème, cependant, c’est que l’ACIA a déjà vu ses effectifs diminuer de 3 % depuis 2012, alors que notre population a augmenté de 13 % au cours de cette même période. En matière d’inspection alimentaire, il n’y a tout simplement plus de marge de manœuvre.
Le démantèlement de la FDA par Trump et l’épidémie de Cyclospora qui en a résulté devraient servir de signal d’alarme. Mais au lieu de tenir compte de ces signes avant-coureurs, Carney poursuit ses coupes budgétaires et la suppression de 587 postes au sein de l’ACIA.
En réalité, l’ACIA est si affaiblie que l’agence elle-même a discrètement reconnu qu’elle ne serait pas en mesure de gérer plusieurs situations d’urgence simultanées.
Malgré cela, le gouvernement fédéral s’efforce de donner l’impression d’avoir tout sous contrôle en ce qui concerne les systèmes alimentaires canadiens. En juin dernier, il a publié une nouvelle stratégie nationale de sécurité alimentaire. Cette annonce faisait suite à l’intensification des tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada, au mouvement « Achetez canadien » et au discours viral de Carney au Forum économique mondial de Davos, où il avait déclaré : « Un pays qui ne peut pas assurer son approvisionnement alimentaire, énergétique ou sa défense n’a que peu d’options » . Cependant, si la stratégie propose des mesures en faveur de la sécurité alimentaire, elle néglige la salubrité alimentaire au Canada. Le document expose comment le gouvernement prévoit d’augmenter la production alimentaire nationale au cours des six prochaines années. Mais augmenter la production nationale tout en réduisant les effectifs de l’ACIA est dangereux. Une production alimentaire accrue accompagnée d’une surveillance réduite signifie davantage de Canadiens tombant malades à cause d’E. coli, de la listéria ou de la salmonelle, ainsi que davantage de rappels de produits alimentaires portant préjudice aux petites entreprises.
Mark Carney lors du Forum économique mondial annuel de 2026 à Davos, en Suisse. Photo : Forum économique mondial (CC BY 4.0)
En tant que professionnels travaillant en première ligne de l’inspection alimentaire, nous constatons presque quotidiennement les signes avant-coureurs de la fragilité de notre système. Prenons un exemple : la présence d’un inspecteur de l’ACIA est obligatoire tous les jours dans les abattoirs pour la volaille canadienne destinée à l’exportation vers les États-Unis. En revanche, pour la volaille destinée aux marchés nationaux, cette présence n’est requise qu’une fois tous les deux jours. Pourquoi, en pleine guerre commerciale, devrions-nous accepter que le poulet destiné à la consommation canadienne soit inspecté 50 % moins souvent que celui destiné aux Américains?
La sécurité alimentaire est un bouclier invisible. Lorsque le système fonctionne bien, la plupart d’entre nous ne le remarque pas. Mais lorsqu’il s’effondre, comme cela a été le cas aux États-Unis, les failles que les inspecteurs alimentaires constatent quotidiennement se transforment en fissures gigantesques, visibles de tous.
N’attendons pas la prochaine épidémie alimentaire majeure pour agir. Personne ne devrait avoir à craindre de contracter des parasites en mangeant de la laitue ou d’être contaminé par la listériose en buvant du lait d’amande. Les signaux en provenance des États-Unis sont on ne peut plus clairs : une surveillance réduite et des ressources moindres pour les contrôles alimentaires mènent tout droit au désastre. Si l’ACIA est notre bouclier contre les maladies graves ou les allergènes non détectés, veillons à ce qu’elle reste forte.
Milton Dyck est le président national du Syndicat de l’Agriculture, qui représente 4 000 employés de l’ACIA.